Une forme de vie idéale en réduction

Quand Eric Walter, Olivier Holt et moi avons crée l’Orchestre Symphonique d’Europe je n’avais que 22 ans. C’est finalement un âge parfait car c’est l’âge où l’on est pétrit d’idéal, d’enthousiasme, d’audace et d’inconscience des difficultés du monde.

Je ne le savais pas encore mais c’était sans doute une des plus belles expériences de ma vie. L’OSE, dans son acronyme tout est dit, était une forme de vie idéale en reduction. Nous étions une famille composée d’artistes, d’etudiants en grande école, de compositeur, d’hommes et de femmes de theatre, de producteurs, de techniciens, de régisseurs et nous batissions notre rêve. Un rêve fait de musique d’abord, mais aussi un rêve pour une Europe unie.

L’OSE était une vraie tour de Babel. On parlait bulgare, allemand, anglais, italien, espagnol mais finalement nous ne comprenions tous : la musique est le langage le plus universel, et nous expérimentions ce que pourrait être une Europe Unie au travers d’un projet commun.

Nous avons rencontré des rois, une impératrice, des ministres en veux tu en voilà , le president Mitterrand, des immenses personnalités du monde des arts, et les gens les plus simples. Et c’etait très bien ainsi. Les barrières sociales, les conventions, les prudences tombaient les unes après les autres une fois la dernière note achevée.

Mon bureau vitré donnait sur la salle de repetition. Je regardais souvent les musiciens travailler, et j’étais fasciné par leur capacité à produire une harmonie en partant de rien. Pupitre par pupitre, instrument par instrument, ils dechiffraient, les violons grinçaient parfois, le son particulier des cors s’envolaient parfois trop haut provoquant l’agacement du maestro ou un merveilleux éclat de rire général.

Peu importe les péripéties ils arrivaient toujours à leur fin et savaient nous émouvoir une fois l’accord entre tous trouvé. Je n’avais que 22 ans alors je n’avais pas encore compris que cet orchestre était le microcosme de la vie.

Maintenant que j’ai grandi, pas assez peut être, je ne forme qu’un souhait : que le monde chaotique dans lequel nous vivons sache transcender sa peur des differences, des faux pas et des erreurs pour trouver cette même et belle harmonie.

Laurent Kupferman, écrivain, collaborateur à l’hebdomadaire Marianne.

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